Répartition géographique

Déclin et retour de l’espèce

La répartition géographique historique (et préhistorique) du Lynx boréal s’étendait de l’Europe de l’Ouest (Pyrénées) à l’Asie centrale et jusqu’à la côte Pacifique. Dès le Moyen-Age, la régression de l’habitat forestier et la diminution des proies ont entraîné le déclin de l’espèce. Une pression de chasse élevée a contribué à réduire considérablement les populations de lynx à quelques refuges dans les massifs montagneux boisés. Le lynx disparaît du massif des Vosges dès le début du 17ème siècle et persiste dans le Palatinat voisin jusqu’au 18ème siècle et dans le Jura jusqu’au 19ème siècle. Dans les Alpes, les derniers lynx disparaissent dans les années 30.

Evolution de la présence du Lynx boréal en Europe du Moyen Age au milieu du 20ème siècle

Dans les années 50, l’espèce ne subsistait plus que dans cinq populations isolées : la population scandinave (Norvège, Suède), carélienne (Finlande), baltique (Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne), carpatique (Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Pologne, Roumanie, Serbie et Slovaquie) et balkanique (Albanie, Macédoine, Serbie, Kosovo, Monténégro, Grèce).

Les changements sociétaux intervenus en seconde moitié du 20ème siècle ont alors donné lieu à une reforestation du continent, une meilleure gestion des ongulés sauvages et à la mise en place de législation de protection des espèces, créant un contexte favorable au retour de l’espèce.

Ce contexte a permis aux noyaux relictuels d’accroître leurs effectifs et de recoloniser en partie leur aire de présence historique.

Grâce à des programmes de réintroduction initiés à partir des années 70, de nouvelles populations sont établies en Europe centrale et occidentale.


Populations mondiales

La majorité des effectifs se trouve dans le continuum des forêts boréales s’étendant entre la Scandinavie et la Russie, au sud de la Sibérie, jusqu’au Pacifique. En Asie centrale, on trouve des populations en Mongolie, en Chine, sur le plateau tibétain, le long de la chaîne himalayenne jusqu’en Afghanistan. Au Proche et au Moyen Orient, les populations s’étendent entre la chaîne du Caucase, la Turquie et l’Iran.

Le noyau principal de population situé en Russie est estimé à plus de 22 000 individus. La population mondiale semble stable, mais des données manquent pour de nombreux pays où les tendances restent mal documentées.



Populations européennes

L’aire de présence européenne est actuellement estimée à plus de 800 000 km² avec une dizaine de populations réparties sur 23 pays, entre la Scandinavie, le long des massifs montagneux boisés d’Europe centrale et jusqu’au sud-est dans les Balkans. La totalité de la population européenne est estimée à 9000-10000 individus mais les différences dans les méthodes employées, et les efforts de recensement ne permettent pas toujours des estimations fiables et des comparaisons entre populations. Les populations issues de réintroductions établies en Europe centrale et occidentale sont généralement de petite taille, restent très fragmentées et présentent des tendances variées.

Carte : Répartition des populations de Lynx boréal en Europe. Seules les mailles d’aire de présence permanentes sont représentées (voir Kaczensky 2018 pour la méthodologie. N.B : à la date d’obtention des données, la répartition de la population vosgienne-palatine ne reflète pas la présence des lynx réintroduits dans le Palatinat).

Population française

Retour du lynx en France

Lâcher d'un lynx en 1993 sur le Massif du Grand Ballon, Massif des Vosges
En France, le retour du lynx est détecté dès 1974 sur le massif du Jura, à la suite des réintroductions conduites en Suisse entre 1972 et 1975. La population jurassienne a progressé constamment depuis et continue à consolider sa présence.

Entre 1983 et 1993, 21 lynx ont été relâchés dans le massif des Vosges dans le cadre de l’unique programme de réintroduction conduit sur le territoire. Mais seulement 10 individus ont finalement contribué à l’établissement initial d’une petite population fondatrice après des actes de braconnage (3 cas confirmés, 3 suspectés), un cas de malnutrition et deux d’entre eux, trop familiers, qui ont dû être recapturés.

Sur le massif des Alpes, des réintroductions menées en Suisse (1971-80), en Slovénie (1973) et en Autriche (1977-79) et quelques renforcements subséquents ont permis de reconstituer plusieurs sous-populations. La plus importante se situe dans la partie nord-ouest des Alpes suisses. L’arrivée des individus côté français s’est vraisemblablement faite par quelques corridors depuis le massif du Jura via les massifs du Vuache, du Salève et de l’Epine.

  • Le massif du Jura constitue l’essentiel de l’aire de répartition (80 %, 7 300 km2 voire 7 500 km2 d’aire de présence régulière en 2018, si on inclut le Jura alsacien). L’espèce a recolonisé la quasi-totalité des habitats forestiers du premier, deuxième plateau et du Haut Jura. L’aire de répartition s’étend au nord dans le Doubs et le Haut-Rhin, et au sud dans l’Ain jusqu’à la pointe du massif du Bugey. La Bresse constitue la limite ouest.

    Les tendances de la dynamique spatiale sont à la stabilité voire en légère augmentation, la présence se consolide sur l’ensemble des secteurs du massif.

  • Dans les Alpes, l’espèce semble toujours en cours d’installation avec une faible évolution de l’aire de présence régulière (900 km2 en 2018). On la trouve sur les massifs des Préalpes du Nord, Chablais, Vuache, Chambotte, jusque sur la Chartreuse qui semble être la limite sud actuelle de l’aire de présence régulière. La progression est lente dans les Alpes où la source principale d’individus, côté français, semble être la dispersion en provenance du Jura. La connectivité avec les massifs adjacents et au sein du massif reste faible notamment à cause de la forte urbanisation des vallées. Des échanges sont théoriquement possibles avec les Alpes suisses sur le canton du Valais, par le Chablais.

    Le massif de la Chartreuse reste à ce jour le noyau le mieux documenté des Alpes françaises, mais il semble isolé du reste des massifs alpins.

  • Après avoir atteint une aire de présence régulière de 2 000 km² en 2005, pour une population estimée à une vingtaine d’individus, l’espèce a connu un déclin dramatique sur le Massif des Vosges. Ce déclin, causé entre autres par des destructions illégales avec des conséquences aggravées par la taille déjà faible de la population, a fait craindre une disparition quasi totale des lynx dans le massif. Il ne restait probablement plus que quelques individus avant les réintroductions dans le Palatinat voisin en 2016. L’aire de présence régulière se limite en 2018 à 600 km2 entre le secteur Vosges du Nord et celui des Hautes-Vosges (400 km² pour l’identité géographique du Massif des Vosges, les 200 km² restant concernent le Jura alsacien qui appartient géographiquement au massif du Jura). L’avenir de cette population ne repose actuellement que sur l’installation des animaux réintroduits en Allemagne dans la forêt du Palatinat, sur un flux (supposé limité) d’individus en provenance du Jura, et du maintien ou du rétablissement d’une connectivité fonctionnelle entre les massifs voisins (Palatinat, Vosges, Forêt Noire, et Jura).

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