Menaces et freins au développement de l’espèce
Les groupes d’experts et les différentes études s’accordent sur les principales menaces et les freins au bon développement de l’espèce : la faible acceptation de l’espèce qui découle des conflits avec le monde de la chasse et les éleveurs, les persécutions (tirs illégaux, empoisonnements, etc.) qui sont probablement directement liées à ce manque d’acceptation, la mortalité accidentelle (par ex. collisions avec les véhicules de transport) ; ainsi que la perte d’habitat et le manque de connectivité entre les populations, notamment liée au développement des infrastructures.
En France, les facteurs anthropiques constituent la majorité des cas de mortalité détectés chez les lynx (adultes et subadultes). Les collisions représentent 58 % de la mortalité et les destructions illégales 6 %. De plus, à ces menaces viennent s’ajouter des facteurs intrinsèques à l’espèce tels qu’une mortalité juvénile élevée, des capacités de dispersion limitées et des problèmes potentiels de consanguinité due à l’isolement des populations et au petit nombre d’individus fondateurs.
Acceptation de l’espèce
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Le lynx n’occupe pas une place comparable à celle du loup ou de l’ours dans la culture ou l’imaginaire collectif. Il reste relativement peu connu, peu médiatisé, mais aussi moins controversé que les deux autres grands carnivores.
Le lynx bénéficie d’une image plutôt positive auprès du « grand public » et fait souvent la quasi-unanimité en sa faveur lors des enquêtes sur sa présence ou d’éventuelles réintroductions. Cependant cette opinion publique favorable émane pour une grande part d’une population urbaine, ou d’acteurs qui ne sont pas directement concernés par la présence du lynx, sauf à titre d’usagers de la nature, pour des valeurs écologiques ou éthiques, mais ne garantit en rien une acceptation locale de l’espèce.
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Le retour relativement récent de l’espèce après une longue absence engendre nécessairement des problèmes de coexistence avec certaines activités humaines. Ainsi, pour le lynx, la source de conflit principale se trouve du côté des acteurs cynégétiques qui craignent son impact sur les proies-gibiers (chevreuils, chamois).
Du côté du monde de l’élevage, ce sont surtout les difficultés d’adaptation des pratiques à ce nouveau contexte qui posent problème. Alors que les dégâts sont relativement peu nombreux sur l’aire de présence du prédateur, la survenue et la répétition des attaques sur certaines exploitations peuvent avoir des impacts économiques et psychologiques forts localement et sérieusement entraver la tolérance à la présence du prédateur.
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Collisions
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Les populations de lynx se développent et évoluent dans des paysages traversés par des réseaux d’infrastructures de transport terrestre en extension et un trafic routier en constante augmentation. Ces infrastructures représentent des barrières aux déplacements et à la dispersion mais sont aussi à l’origine de nombreuses collisions mortelles.
Les collisions représentent une des principales, sinon la première cause de mortalité dans les pays avec une forte densité d’infrastructures comme la France. L’importance de cet enjeu ne peut que s’accentuer au regard des tendances à la hausse du trafic routier en Europe. Depuis le retour de l’espèce sur le territoire, 142 collisions ont été recensées, quasiment toutes fatales. Pour la dernière décennie, ce sont en moyenne 7 lynx qui sont tués chaque année, majoritairement sur les routes, mais aussi sur des voies ferrées. Les collisions représentent 58% des cas de mortalité détectés en France.
Les risques de collisions sont liée à de nombreux facteurs : la localisation des infrastructures dans le paysage, par rapport aux habitats favorables, aux domaines vitaux ou aux corridors de déplacement, les caractéristiques fines des infrastructures comme la présence d’ouvrages de franchissement (par ex. passage à faune), de clôtures, la densité du trafic, les périodes de reproduction ou de dispersion.
Toutes les classes d’âge et de sexe courent un risque de collision, mais les jeunes lynx en phase d’apprentissage (juvéniles) et de dispersion (subadultes) paient le plus lourd tribut. Le nombre de collisions détectées augmente significativement en automne et hiver, reflétant également l’augmentation des déplacements chez les femelles qui commencent à se déplacer d’une proie à l’autre avec les jeunes de l’année et chez les mâles durant la période de rut.
La lutte contre les collisions routières débutera par des actions spécifiques sur des "points noirs" accidentogènes identifiés, et plus largement par l’organisation d’une dynamique commune entre l’ensemble des acteurs et des spécialistes de l’espèce, les gestionnaires des infrastructures et spécialistes en charge de l’ingénierie des routes et de la planification des transports en termes de suivis et connaissances, de communication et de sensibilisation à la problématique. -
Destructions illégales
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Les destructions illégales (on parle de destruction illégale plutôt que de braconnage, ce terme étant réservé aux espèces chassables) sont considérées comme une des principales menaces pour les populations de lynx en Europe. L’ampleur des ces atteintes à l’espèce est par définition difficile à évaluer et donc vraisemblablement sous-estimée.
Une mortalité additionnelle forte sur les adultes peut être suffisante pour limiter l’accroissement des populations, freiner la colonisation de nouveaux territoires, voire conduire au déclin local pour des populations isolées de petite taille. Une mortalité des femelles entraine une baisse du potentiel reproducteur de la population et, si elle est accompagnée de ses petits encore dépendants, leur chance de survie est faible.
Une quinzaine de cas avérés ont été recensées en France depuis le retour du lynx. Ces destructions sont directement évoquées dans les difficultés de restauration et le déclin récent de la population du massif des Vosges. Trois lynx ont encore été tués par arme à feu en 2020, dans le massif de Vosges et du Jura, soulignant de façon dramatique que ce problème reste présent sur le territoire et que les conflits entre certains acteurs et la présence du lynx persistent au point que ces passages à l’acte ressurgissent régulièrement.
Les condamnations restent peu nombreuses et ne semblent pas suffisamment dissuasives au regard des peines théoriquement encourues : les deux exemples les plus récents, tous les deux dans le contexte de battues, ont entraîné respectivement deux mois de prison avec sursis, 1 500 € d’amende, et 2 ans de retrait permis de chasse (Les Molunes, Jura, 2009) et 600 € d’amende, 2 000 € d’indemnisation mais sans retrait du permis de chasse (Labergement-du-Navois, Doubs, 2014).
Lors des destructions illégales de lynx, des enquêtes sont systématiquement ouvertes sous l’autorité des procureurs de la République concernés et menées par les inspecteurs de l’environnement de l’OFB parfois en co-saisine avec des services de la gendarmerie nationale. Dans ce cadre, pour aider à identifier les auteurs des faits, les moyens de la police scientifique et technique, comme ceux de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) ou de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), peuvent être mobilisés. En raison du contexte particuliers de ces affaires judiciaires qui se déroulent en milieu naturel, avec des découvertes parfois tardives des cadavres, et le manque ou l’absence d’éléments matériels, leur résolution s’avère bien souvent longue et complexe et aboutissent rarement à l’identification des auteurs de ces actes. -
Fragmentation de l’habitat
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Dans cette partie de l’Europe, la forêt constitue l’habitat préférentiel du lynx. La situation de l’habitat forestier, et en parallèle la situation des populations d’ongulés, se sont considérablement améliorées depuis la disparition de l’espèce au 19ème siècle. Avec des domaines vitaux importants et des capacités de dispersion relativement faibles, les lynx ont besoin de grandes surfaces forestières continues pour se maintenir et coloniser de nouveaux territoires.
Les ruptures dans la continuité de cet habitat constituent des obstacles aux déplacements des individus qui limitent l’expansion des populations et les échanges entres les noyaux de populations.
Les forêts des massifs des Alpes, du Jura ou des Vosges offrent des habitats favorables aux lynx en termes de qualité, mais ce sont la taille et la fragmentation de ces habitats qui limitent le développement des populations, la dispersion des individus et freinent la recolonisation. Les adultes sont capables de traverser des habitats suboptimaux ou des obstacles tels que des routes au sein de leur domaine vital ou en périphérie, mais les capacités de franchissement des subadultes en dispersion semblent plus limitées. De plus, la fragmentation par des infrastructures de transport, augmente les risques de collision.
La fragmentation des habitats réduit également les échanges d’individus entre les différents noyaux de population (inter et intra-massifs), essentiels pour maintenir un brassage génétique suffisant pour assurer la viabilité à long terme de l’espèce.
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Diversité génétique
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La viabilité génétique d’une population dépend de sa capacité à garder une certaine diversité génétique garante d’un potentiel évolutif et adaptatif. Le risque d’appauvrissement de cette diversité par une trop forte consanguinité ou un phénomène de dérive génétique concerne directement les petites populations isolées de lynx issues de réintroductions. Les populations réintroduites sont issues d’un faible nombre d’individus fondateurs et se développent ainsi sur la base d’une très faible diversité génétique. Les individus réintroduits dans les Alpes, le Jura et les Vosges provenaient tous de la population des Carpates (Slovaquie).
e maintien et le rétablissement de populations de lynx viables sur les plans démographiques et génétiques nécessitent une approche à une échelle plus vaste, avec pour enjeu majeur la connectivité entre massifs. Même si une population est viable d’un point de vue démographique (200-250 individus dans le cas du lynx), un flux d’individus au sein d’une population plus importante est généralement nécessaire pour assurer cette viabilité génétique.
Dans les sous populations des Alpes du Nord-Ouest et du Jura, l’hétérozygotie est aujourd’hui de 41% et 53% respectivement en comparaison avec 63% dans la population d’origine des Carpates. Ces faibles variabilités génétiques et une différenciation prononcée par rapport à la population source des Carpates, indiquent une forte dérive génétique.
Il n’y a pas actuellement de signe d’un déclin dans la population jurassienne ou alpine en lien avec une perte de diversité génétique, néanmoins des analyses conduites en Suisse montrent que la fréquence des souffles cardiaques potentiellement liés à des facteurs génétiques semble avoir augmenté dans les populations des Alpes et du Jura suisse et pourrait être un signe d’une dépression de consanguinité.
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Risques sanitaires
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Un large éventail de maladies, infectieuses et non-transmissibles, a pu être mis en évidence chez cette espèce, notamment grâce aux travaux menés en Suisse, avec l’examen systématique des cadavres, ou des examens physiques, des prises de sang et des analyses parasitologiques des fèces effectués lors des captures de lynx. Le lynx est potentiellement porteur des maladies que l’on retrouve communément chez les autres félins, y compris domestiques, et en tant que prédateur, il est susceptible d’être contaminé au travers de ses proies. Le comportement solitaire du lynx pourrait toutefois réduire les risques de transmission de certains pathogènes.
Les maladies infectieuses peuvent représenter une part importante des causes détectées de mortalité (18 %-40 % en Europe). La gale, en particulier la gale sarcoptique est la maladie la plus fréquemment détectée parmi ces cas de mortalité. Des virus connus chez d’autres espèces de félins ont également été détectés de façon sporadique, comme la panleucopénie féline, la péritonite infectieuse féline, la maladie de Carré. Le virus de la rage ne suscite plus de préoccupation actuellement compte-tenu de la situation de la maladie en Europe et du fait que le rôle du lynx en tant que vecteur est considéré comme insignifiant. Des analyse menées en Suisse suggèrent aussi une émergence récente du virus de l’immunodéficience féline (FIV). Un cas de virus de la leucose féline (FeLV) a aussi été découvert chez un mâle venant du Jura neuchâtelois. Des contacts avec des chats domestiques pour les lynx vivants à proximité des habitations pourraient en faciliter la transmission.
Le lynx est aussi susceptible de s’exposer à des contaminants chimiques par l’intermédiaire de ses proies secondaires (lagomorphes, rongeurs), et des niveaux élevés ou un effet cocktail de plusieurs de ces éléments toxiques peuvent affecter la santé des individus. Plusieurs cas ont été rapportés d’intoxication secondaire par un anticoagulant (bromadiolone) utilisé dans la lutte contre les campagnols terrestres et des résidus toxiques (raticides à action anticoagulante ou à base de chloralose, insecticides) sont parfois retrouvés dans les analyses des cadavres de lynx.
Certaines expositions non létales à des produits toxiques peuvent engendrer une baisse de vigilance ou un affaiblissement favorisant par exemple l’augmentation des risques de collision.
L’ampleur de ces contaminations et les risques associés restent encore à déterminer pour les populations de lynx.
Jusqu’à présent, les maladies décrites chez le lynx ne semblent pas remettre en cause la survie à long-terme des populations. Le caractère solitaire de l’espèce limite le risque d’épidémie, la probabilité qu’un agent infectieux se maintienne dans la population est faible car les interactions intra-spécifiques sont rares. Néanmoins, des maladies mêmes mineures ou discrètes sont susceptibles d’influencer les paramètres démographiques. Ces effets peuvent être d’autant plus dévastateurs sur des populations de petite taille et fragmentées. Il est donc nécessaire de détecter précocement toute maladie susceptible d’avoir un impact sur des populations, en particulier dans le cas du lynx, la leucose féline et les parasitoses externes et internes.
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Dérangements
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Les lynx s’accommodent relativement bien de la présence humaine, tant que les proies sont abondantes et qu’ils disposent de refuges forestiers et de terrain escarpé à proximité. Les lynx modulent aussi leurs activité dans le temps et l’utilisation de l’habitat pour satisfaire ce compromis entre abondance des proies et perturbation humaines. Il n’existe actuellement aucune étude en France sur les dérangements du lynx par ces activités et, en absence de suivis télémétriques fins, l’impact des dérangements potentiels reste difficile à quantifier au-delà de quelques anecdotes rapportées.
Des hypothèses sont émises sur des dérangements possible par des activités de tourisme, des activités de plein air (loisirs, sports de nature, observation animalière), la chasse (notamment battues avec des chiens courants), ou les travaux forestiers. Les impacts de ces perturbations peuvent être divers : abandon de la proie obligeant le lynx à chasser à nouveau, perturbation des sites de repos, perturbation des gites maternels ou dérangement de la femelle avec des jeunes dépendants, déplacement forcé de l’animal, etc. Toutes ces perturbations peuvent potentiellement avoir des effets négatifs à plus ou moins long terme sur les individus : séparation de la mère et de sa portée, dépenses énergétiques supplémentaires, stress, augmentation des risques (traversée d’infrastructures, confrontation directe avec des chiens).
Au-delà d’actions de sensibilisation à mener auprès des publics concernées, les dérangements et leurs effets réels sur la survie des individus et les impacts sur les population restent un enjeu à explorer.
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